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Ubisoft restructuration 22 01 2026

Ubisoft détaille la profonde refonte de son organisation, ferme un autre studio et se dresse contre le télétravail, avant de plonger en Bourse

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Source: Ubisoft

Les détails de la restructuration de l'éditeur français sont enfin connus et ne vont pas satisfaire grand monde.

Des Maisons de création peu créatives

Ce mercredi soir, Ubisoft a enfin partagé les détails de sa restructuration interne, qui passe malheureusement par l'annulation du remake de Prince of Persia : Les Sables du Temps, entre autres. Comme prévu, le nouveau modèle opérationnel décentralisé va être structuré autour de Creative Houses, au nombre de cinq. Oui, même dans le communiqué français, seuls des termes anglais sont utilisés... Bon, en dehors de Vantage Studios, elles n'ont pas de noms leur étant associés, ce qui est peu créatif pour le coup, juste un numéro à la manière de l'organisation interne de Square Enix, mais en bien plus éparpillé puisque ce sont ici les marques, soit les jeux, qui sont regroupées et non pas les nombreux studios disséminés de par le monde. D'ailleurs, les studios ou équipes qui n'y seront pas rattachés formeront le Creative Network, servant à les soutenir et aider par des Core Services.

Ubisoft structure organisation 22 01 2026

De loin, difficile d'y voir un véritable changement quand les plus gros projets font déjà appel à une collaboration internationale et le joueur lambda ne devrait pas faire de différence, si ce n'est en termes de qualité comme le veut Ubisoft, ce que nous attendrons de constater. Dans les détails, c'est évidemment une tout autre histoire. Pour commencer, voici les trois éléments caractérisant ces Creative Houses :

  • Le regroupement des fonctions de développement des jeux et de la stratégie Go-to-Market, avec une approche centrée sur le joueur, et une responsabilité complète sur le développement des marques, la stratégie de contenu et la direction éditoriale.
  • Une organisation par genres créatifs distincts, portés par des équipes de premier plan, disposant d'une expertise unique dans ces genres, et dotées de mécanismes incitatifs.
  • Une responsabilité financière complète et une redevabilité de leur performance économique.

Le fait de placer le joueur au centre revient pas mal, avec également la mention d'engager la communauté dès le début du processus de développement. Cela fait peur en termes de liberté créative, car voir des expériences lissées pour plaire à tout le monde n'est vraiment pas souhaitable.

Diviser pour mieux régner ?

Chacune de ces Maisons de création va donc être structurée autour d'un « genre créatif distinct ». Il faut donc croire que brasser un maximum d'argent est un genre en soi puisque les trois licences placées sous la responsabilité de Vantage Studios n'ont pas réellement de points communs... Quatre marques supplémentaires, dont March of Giants, seront ultérieurement rattachées à ces Creative Houses, dont nous ignorons quels studios sont rattachés à chacune.

  • CH1 (Vantage Studios) (Assassin's Creed, Far Cry, Rainbow Six) - Axée sur le développement et la montée en puissance des franchises majeures et établies d'Ubisoft afin d'en faire des marques générant des revenus annuels de plus d'un milliard d'euros.
  • CH2 (The Division, Ghost Recon, Splinter Cell) - Dédiée aux expériences de jeux de tir compétitifs et coopératifs. 
  • CH3 (For Honor, The Crew, Riders Republic, Brawlhalla, Skull & Bones) - Conçue pour exploiter un portefeuille d'expériences Live ciblées et à forte identité.
  • CH4 (Anno, Might & Magic, Rayman, Prince of Persia, Beyond Good & Evil) - Dédiée aux mondes fantastiques immersifs et aux univers narratifs.
  • CH5 (Just Dance, Idle Miner Tycoon, Ketchapp, Hungry Shark, Invincible: Guarding the Globe, Uno, Hasbro) - Centrée sur la reconquête du positionnement d'Ubisoft dans les jeux casual et familiaux.

Ubisoft Creative Houses 22 01 2026

Chacune sera responsable de sa trésorerie en plus des licences, soit une manière de ne pas impacter l'ensemble de l'éditeur pour des échecs commerciaux. Quant aux deux autres principaux rouages de ce nouveau modèle d'organisation, voici comment est décrit leur rôle :

  • Le Creative Network - Un réseau puissant de studios offrant des capacités de production de premier plan et une expertise créative transverse au service des Creative Houses. Fonctionnant dans un cadre de collaboration structuré, projet par projet, les studios du Creative Network pourront intervenir en co‑développement ou prendre en charge des mandats de production de bout en bout, sous la direction stratégique de chaque Creative House.
  • Les Core Services - Ils constitueront l'épine dorsale de l'écosystème d'Ubisoft et agiront comme un catalyseur pour les Creative Houses et le Creative Network. Ils se concentreront sur la mise à disposition de technologies mutualisées, de capacités de production et d'une excellence opérationnelle à l'échelle du Groupe, notamment à travers :
    • Les services de production, incluant les standards et outils de production, la localisation, les playtests, l'analyse des données de jeux, ainsi que le QA/QC ;
    • La technologie et les infrastructures, incluant les moteurs de jeu, les services Live, les initiatives GenAI et l'infrastructure IT ;
    • Les opérations et services business, incluant l'exécution du media planning, les capacités influenceurs et direct‑to‑player, la gestion des prix et de la distribution, ainsi que le support client.

Pas de gros bouleversement au sommet

Le siège décisionnel sera toujours en charge de définir les priorités de l'ensemble d'Ubisoft et apportera son soutien aux Creative Houses tout en tenant compte des tendances de l'industrie vidéoludique. Son rôle ne changera pas fondamentalement puisqu'il continuera de superviser « la stratégie de gestion des talents, la communication corporate, les services juridiques, le cadre d’allocation du capital et le financement ».

Pour terminer sur cette partie, voici la déclaration d'Yves Guillemot, cofondateur et directeur général d'Ubisoft, qui résume les principales annonces :

D'une part, l'industrie AAA est devenue durablement plus sélective et compétitive, avec des coûts de développement en hausse et des défis croissants pour créer des marques fortes. D'autre part, les jeux AAA de qualité exceptionnelle, lorsqu'ils rencontrent le succès, offrent un potentiel financier plus important que jamais. Dans ce contexte, nous annonçons aujourd'hui une refonte majeure visant à créer les conditions d'un retour à une croissance durable dans le temps. Nous transformons le modèle opérationnel d'Ubisoft afin de produire des jeux d'une qualité exceptionnelle, sur les deux piliers clés de notre stratégie : les jeux d'aventure en monde ouvert et les expériences natives Games as-a-Service.

Au cœur de cette transformation se trouvent nos Creative Houses, des unités d'affaires intégrées regroupant désormais production et distribution, et unifiant ainsi la relation avec les joueurs. Chacune est structurée autour d'un genre créatif bien défini et d'un positionnement de marque clairement définis, avec une responsabilité complète et une autonomie financière, sous la direction d'équipes de leadership dédiées. Il s'agit d'un changement radical, fondé sur une organisation créative plus décentralisée, une prise de décision plus rapide, et des fonctions support transverses de pointe, au service de chaque Creative House.

Afin de placer ces Creative Houses dans les meilleures conditions de réussite, nous avons décidé de recentrer notre portefeuille, d'adopter une feuille de route à 3 ans significativement revue et d'accélérer nos initiatives de réduction de coûts pour adapter la taille de l'organisation. Nous mettons fin à plusieurs projets actuellement en développement et accordons du temps supplémentaire à certains jeux, afin de garantir un niveau de qualité renforcé et de maximiser la valeur à long terme. Nous procédons également à la fermeture de certains studios et poursuivrons des restructurations au sein du Groupe. Bien que ces décisions soient difficiles, elles sont nécessaires pour bâtir une organisation plus focalisée, plus efficace et durable sur le long terme.

Prises dans leur ensemble, ces mesures marquent un tournant décisif pour Ubisoft et traduisent notre détermination à faire face aux défis et à transformer le Groupe sur le long terme. Le recentrage du portefeuille aura un impact significatif sur la trajectoire financière à court terme du Groupe, notamment sur les exercices 2026 et 2027, mais cette refonte renforcera Ubisoft et lui permettra de renouer avec une croissance durable et une génération de trésorerie robuste. Ubisoft entre dans une nouvelle phase, conçue pour reconquérir son leadership créatif et créer de la valeur durable pour les joueurs et les parties prenantes.

Bref, si vous faites une overdose d'open worlds et de jeux service, ce n'est visiblement pas du côté d'Ubisoft qu'il faudra vous tourner à l'avenir.

Un retour en arrière pour les employés

Avec tous ces changements, l'un des acquis liés à la période du COVID vole en éclats puisque Ubisoft se positionne clairement contre le télétravail en exigeant un retour sur site de cinq jours par semaines pour l'ensemble des équipes. Et ce n'est pas le quota annuel de jours de télétravail autorisé qui réjouira les développeurs ayant été engagés alors qu'ils vivent loin des studios. La conséquence évidente sera la démission « forcée » de certains employés, une forme de licenciement déguisé qui ne comptera pas dans les chiffres officiels.

Selon l'éditeur, la collaboration en présentiel est « un levier d'efficacité, de créativité et de réussite collective » et cette évolution vise également à « renforcer le partage constant des connaissances et la dynamique collective au sein des équipes ». C'est certes vrai sur le papier, mais difficile de ne pas y voir un outil de coercition. Avec les affaires de harcèlements d'il y a quelques années et le crunch ambiant au sein de l'industrie, ce n'est clairement pas une évolution dans le bon sens. Ironiquement, les employés ont découvert les détails de cette restructuration en même temps que le reste du monde, ne sachant même pas quels sont les fameux projets annulés...

Toujours plus d'économies à réaliser

À cela s'ajoute une accélération de l'initiative de réduction des coûts déjà entamée. Nous savions déjà qu'Ubisoft Halifax avait été fermé et ce n'est hélas pas tout. Le studio de Stockholm qui avait déjà été victime d'une réduction d'effectif l'an dernier va lui aussi baisser le rideau. Des restructurations sont également en cours à Ubisoft Abu Dhabi, RedLynx et Massive Entertainment.

D'ici mars 2026, tout devrait être réglé avec 100 millions d'euros d’économies de coûts fixes réalisées. Mais ce n'est pas tout, car l'objectif est d'en réaliser 200 millions d'euros de plus sur les deux prochaines années (jusqu'en mars 2028). Il faut donc s'attendre à encore plus de licenciements, voire des fermetures de studios. La société envisage même une cession de certains actifs et promet une discipline stricte en matière de recrutements pour toutes les fonctions. Avec tout ça, l'évocation d'investissements accélérés dans l'IA générative passerait presque inaperçue...

Grève et chute en Bourse

Face à cette situation, les syndicats Solidaires Informatique et STJV ont rapidement appelé à la grève dès ce jeudi matin en France, un débrayage pour être précis.

Ubisoft Paris grève 22 01 2026

Le résultat de toutes ces annonces, c'est sans grande surprise un beau plongeon à l'ouverture de la Bourse ce jeudi matin de près de -30 %, l'action étant passée de 6,64 € hier soir à 4,38 € à l'heure de l'écriture de ces lignes... Cela fait une quinzaine d'années qu'elle n'avait pas été aussi basse.

redacteur vignetteAlexandre SAMSON (Omega Law)
Rédacteur
Accro à Assassin's Creed et Destiny, grand amateur de RPG et passionné d'expériences vidéoludiques en général. Lecteur de comics (DC) et de divers mangas (One Piece !). Chimiste de formation et Whovian dans l'âme.
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