Shuhei Yoshida : La vie après Sony et les vérités cachées du PSVR
par Eric de BrocartL'ancien président de SIE Worldwide Studios est désormais un agent libre. Invité du podcast de Gamertag & Bradley, Shuhei Yoshida revient sans langue de bois sur 31 ans de carrière, le bricolage des débuts de la VR et sa vision pour l'avenir.
Il y a un an tout juste, une page majeure se tournait dans l’histoire de PlayStation. Le 15 janvier 2025, Shuhei Yoshida, figure tutélaire de la marque, a officiellement quitté Sony Interactive Entertainment. Désormais affranchi des contraintes de communication corporate, c’est avec une franchise rafraîchissante qu’il s’est confié lors du troisième épisode du Gamertag & Bradley VR Podcast.
Entre aveux sur les compromis techniques du PSVR et sa nouvelle mission auprès des créateurs, voici ce qu'il faut retenir de cet entretien rare.
"Je suis libre" : 31 ans après, le nouveau départ
C'est avec un large sourire que l'employé n°32 de PlayStation décrit sa situation actuelle : "Je suis libre." Fini les validations du département RP avant chaque prise de parole. Mais ne lui parlez pas de retraite.
Yoshida reste hyperactif et endosse désormais le costume de conseiller stratégique. Il travaille main dans la main avec des éditeurs "Indie Premium" comme Kepler Interactive, Fictions (fondé par des anciens d'Annapurna), et des studios créatifs comme Bokeh Game Studio (Silent Hill) ou Enhance. Son objectif est clair : soutenir la prise de risque là où les géants de l'industrie n'osent plus s'aventurer.
Du scotch et God of War : La naissance clandestine du PSVR
Loin d'une stratégie calculée en haut lieu, le PlayStation VR est né d'un mouvement "grassroots" (populaire) au sein des équipes de R&D et de Santa Monica Studio. L'anecdote vaut le détour : les ingénieurs ont littéralement scotché des manettes PS Move sur un visiocasque pour simuler le tracking. La démo qui a tout déclenché ? Une version de God of War à la troisième personne où l'on pouvait observer l'environnement autour de Kratos. C’est ce bricolage de génie qui a convaincu Yoshida de porter le projet. Il révèle d'ailleurs qu'à l'époque, Sony, Oculus et Valve partageaient leurs découvertes pour éviter que la VR ne soit un échec collectif.
Le dilemme des manettes : Pourquoi pas de joysticks ?
C'est une question qui a hanté les joueurs de la première heure. Pourquoi le PSVR1 a-t-il fait l'impasse sur des sticks analogiques ? La réponse de Yoshida est pragmatique : le prix. L'objectif était de ne pas dépasser la barre psychologique des 399 $ au lancement.
- Concevoir de nouvelles manettes aurait gonflé la facture de 100 $.
- L'équipe a donc choisi de recycler les PS Move et la DualShock 4. Un choix économique assumé pour démocratiser la technologie, quitte à sacrifier l'ergonomie.
PSVR 2 : Un mea culpa lucide
Interrogé sur le successeur du casque, Yoshida fait preuve d'une honnêteté désarmante. Il admet s'être excusé pour avoir prédit que le saut du PSVR 1 au PSVR 2 serait aussi révolutionnaire que le passage de la PS1 à la PS2.
"La technologie a fait ce saut, c'est vrai, mais l'expérience de jeu n'a pas changé aussi radicalement," confie-t-il.
Pour lui, le salut du AAA en VR réside désormais dans les jeux hybrides. Il cite Gran Turismo 7 et les modes VR de Resident Evil comme la voie royale : des productions à gros budget qui justifient l'achat d'un casque sans ruiner les studios avec des développements exclusifs trop risqués.
Conclusion : Le parrain de la VR indépendante
Au-delà des anecdotes techniques, cet entretien dessine le nouveau visage de Shuhei Yoshida. Il n'est plus l'exécutif qui doit vendre une console, mais le mentor bienveillant d'une industrie en mutation.
En insistant sur le fait que l'innovation vient désormais des indépendants et non des blockbusters, il se positionne comme le gardien de la "flamme" créative. Pour Yoshida, la VR n'a plus besoin de comptables, mais de passionnés. Et c'est exactement ce qu'il compte rester.






